Histoire(s) de générosité

Voyager, ce n’est pas que pédaler, c’est aussi s’arrêter et rencontrer!

Le temps d’un instant, d’une nuit, de deux jours, nous rentrons en contact avec ceux qui nous entourent et nous créons des liens. Le sud de l’Italie en est riche, car les gens sont d’un naturel avenant et spontané. On crée des liens tantôt furtifs tels un sourire, un signe de la main, une salutation brève ou un klaxon comme on en reçoit des dizaines par jour, tantôt brefs le temps d’un discussion, tantôt plus profonds lors de rencontres où l’on se pose. Ces liens rythment eux aussi notre aventure au jour le jour. Et ça fait un bien fou !

Dans cet article, nous tenions à vous conter l’histoire de nos quatre fantastiques de ces deux dernières semaines : Giuseppe, Domenico, Gianni et Francesco… Ils ne se connaissent pas, ne viennent pas du même endroit et pourtant ils ont tous le même super pouvoir: leur générosité, chacun à sa façon !

Giuseppe, le nageur – Capo d’Orlando, Sicile

Alors que nous venions de repartir de Cefalù, par une belle journée ensoleillée, nous nous sommes arrêtés pour une pause pic-nic, sur une petite plage en bord de route aux abords de Capo d’Orlando en Sicile…De notre poste, bien installés sur nos chaises de camping, petits pains fromages à la main, nous pouvions admirer la vue sur la mer et la montagne siciliennes avec en première ligne un nageur en combinaison qui faisait des aller-retours juste devant nous, tirant derrière lui une bouée rouge. Le temps qu’a duré notre pause, il en a fait des « longueurs » dans l’eau…

Nitch à l’eau, s’entraine pour le Triathlon comme Giuseppe

Voilà enfin qu’il sortit de l’eau, se rhabilla et se dirigea vers son 4×4 garé non loin de nous. Comme il fallait s’y attendre, Nitch lui a fait un accueil des plus bruyants ce qui l’a conduit à s’intéresser à nous et engager la discussion…Quelques minutes plus tard, il nous invitait à planter la tente dans son jardin non loin de là. Nous sommes ainsi montés jusque chez lui (mes jambes s’en souviennent) profiter d’une magnifique vue sur la mer et de son petit chien Zara (4 mois).

Campement avec vue sur mer

Le soir, il nous a invité à manger une pizza avec lui sur sa terrasse (covid oblige, on avait sorti les vestes) avec un verre de vin blanc pour faire connaissance. Désireux de nous faire bon accueil, il nous a cuisiné des œufs avec du sel rose de l’Himalaya, de l’huile d’olive faite maison et des oranges du jardin. Adepte du triathlon, Giuseppe, père célibataire, vit avec sa grande fille et vend du matériel de chantier (casques, baudriers, lampes, …). Il est en train de rénové une petite maison plus bas dans le quartier pour en faire des B&B avec l’aide de Salvatore, et peut-être qu’ils feront de même avec la vieille bâtisse du fond du jardin. Au petit soin, il nous a demandé 100 fois si nous n’avions besoin de rien. Le lendemain, il nous a offert des biscuits aux céréales (pas un, tout le paquet !)

Merci pour tout Giuseppe!

Domenico, le cycliste – Spadafora, Sicile

Vu que pour aller chez Giuseppe nous avons arrêté notre journée après la pause de midi, il a presque fallu doubler l’étape pour arriver à Spadafora où nous attendait le soir même Domenico, que nous avions contacté auparavant via la plateforme Warmshowers.  C’est ainsi que nous avons battu notre record haut la main avec une journée de 77km !

Petite côte en compagnie de Domenico en direction de Messine

Domenico, lui-même voyageur à vélo, a fait Sicile-Londres en un mois en 2019. Sensible à l’aide qu’il a reçue lors de son expérience, c’est dans l’ancien commerce de son épouse qu’il nous accueille gratuitement pour une ou plusieurs nuits. Il n’y a pas d’électricité ni d’eau chaude mais bien une toilette et une douche d’eau froide. Domenico, super attentionné, nous a tout de même fourni des lampes d’appoint et batterie portable pour recharger nos appareils. Le soir même, il s’est excusé de ne pas avoir pu passer du temps avec nous : il est malheureusement obligé de travailler de nuit car il est le « maître de la police de l’eau » (sic) et devait partir vers les îles Eoles en patrouille pour la nuit.

Il s’est bien rattrapé le lendemain. Le pied du vélo de Max ayant littéralement plié sous le poids, Domenico nous a aidé à trouver une solution en téléphonant à plusieurs commerces des villes alentours et en nous accompagnant à vélo dans l’après-midi jusque Milazzo pour poser un nouveau pied au vélo de Max chez Ciclimania, où nous avons été super bien accueillis, petit café à l’appui. L’opportunité pour Annemich de se racheter un casque qui ne glisse pas en arrière 😉. Sur le retour, Domenico nous a présenté sa femme qui tient une boutique de vêtements dans le centre et qui tenait à voir Nitch, « le chien qui voyage à vélo ».

Le lendemain matin, Domenico nous a retrouvé à 9h du matin pour nous accompagner jusque Messine avec des cadeaux dans les mains : un sac de meringues faites maison par sa femme pour nous aider à tenir le coup dans les jours à venir et des autocollants de sensibilisation pour une distance de au moins 1m50 entre voiture et vélo sur la route.

Domenico, un grand homme dont on se souviendra !

Nous sommes alors partis ensemble déjeuner sur la route où il nous a offert tout ce qu’on a consommer. Comme à chaque étape de ces deux jours avec lui, il s’arrangeait avec les serveurs à l’avance pour que lorsqu’on demande l’addition le serveur nous réponde que « tout est gratuit pour vous ici ». Domenico en plus de sa générosité et de son hospitalité, nous a séduit par sa personnalité : un homme bon, humble et serviable que nous avons vraiment eu du plaisir à rencontrer.


Giani, le restaurateur – Mileto, Calabre

A peine arrivés en Calabre, nous nous sommes vite rendu compte que le front de mer était beaucoup moins régulier qu’en Sicile où nous avions en plus le vent dans le dos. C’est donc une série de grosses journées qui se sont enchainées avec en moyenne 500m de dénivelé positif. Autant vous dire que la fatigue s’accumule et que les jambes se font ressentir…

Après une nuit agitée de bivouac au milieu des champs d’oliviers avec des chiens qui aboient toute la nuit, on s’est rendu compte après 6km de descente que nous avions oublié la laisse de Nitch accrochée à l’endroit de bivouac…Et quand on voyage avec le strict nécessaire, tout est nécessaire, donc qu’est-ce qu’on fait ? Une pause pour Annemich avec les vélos, les sacs et le chien… et Max qui fait l’aller-retour en mode sportif pour repartir au complet… Une petite aventure qui nous a amputés de quelques heures dans notre ambitieuse journée de 60km avec 600m de dénivelé positif pour rejoindre la ville de Pizzo…

Repartis à 13h après avoir diné, il ne nous restait pas beaucoup de chance d’arriver avant la nuit. Vers 16h, heure habituelle où l’on commence à chercher un bivouac nous étions en plein milieu d’une côte de 15km de long… Alors qu’Annemich tirait la remorque et que Nitch courrait à coté de Max, nous faisions chacun face à la réalité dans notre têt… *Il va falloir rouler de nuit si l’on veut vraiment arriver à Pizzo…ou bien il va falloir s’arrêter plus tôt mais en pleine montée ce n’est pas top parce qu’il fait plus froid en altitude qu’au niveau de la mer*

Sortant de ses pensées, Annemich se rend compte qu’au détour d’un tournant Maxim l’attend gentiment pour qu’il n’y ait pas trop de distance entre nous et se soutenir moralement. Sur le temps qu’elle le rejoigne, voilà une voiture qui s’arrête au bord de la route. Le conducteur sort de sa voiture et engage la conversation avec Max. « Ciao, je suis Gianni, où allez-vous comme ça ce soir ? (…) Je suis le propriétaire d’un restaurant et d’un B&B dans le village suivant et pour les voyageurs à vélo c’est gratuit, je vous invite pour la nuit ! »

Merci pour tout Gianni, on s’en souviendra !

Un rêve éveillé ! Une demi-heure plus tard on rejoignait Gianni dans son restaurant où il nous a offert une bière avant de nous installer dans notre chambre et nous donner rendez-vous à 20h pour manger au restaurant. Le soir venu, lui et sa femme qui cuisine, nous ont offert un repas pasta-plat-dessert de la maison, le tout accompagné de vin de la région! Des pâtes faites maison, un régal ! Et bien-sûr, le lendemain il nous a offert le déjeuner. Tout comme Domenico, Gianni n’a pas voulu entendre parler de notre argent bien qu’on ait insisté plus d’une fois.

En discutant avec lui, nous avons découvert, photo à l’appui, qu’il était classé Bib gourmand au Michelin, et que d’ailleurs José Van Dam a mangé dans son restaurant par le passé! Il nous a expliqué aussi comment rejoindre Tropéa -qui n’était pas prévu au parcours mais valait vraiment la peine- au lieu d’aller directement à Pizzo. Nous sommes ainsi repartis de Mileto, ville étape de nombreuses fois au Giro d’Italia, pour Tropéa, perle balnéaire de la Calabre, soufflés par tant de générosité à notre égard sans même rien demander.

Mileto

Francesco, le producteur de fraises– Francavilla, Calabre

Alors que nous quittions Pizzo pour trouver un endroit de Bivouac, la nuit tombait à Francavilla. Entouré de champs d’agrumes, il était vraiment temps de se poser quelques part avant qu’il ne fasse trop noir… Ne voulant pas camper sur un terrain privé sans demander l’autorisation, nous sommes rentrés dans la première ferme où on a vu quelqu’un.

Le fermier dans sa cour, Francesco de son petit nom, nous apprend que les champs d’agrumes que nous sollicitons ne lui appartiennent pas mais qu’il possède le terrain à coté sur lequel il y a d’énormes serres de fraises et dans le coin, un abris de stockage avec quelques poteaux et une bâche qui protège de la pluie. Il nous propose d’y installer notre tente vu la météo pluvieuse.

Le lendemain matin, pendant qu’on prenait le petit déjeûner, Francesco est arrivé avec des amis et les travailleurs de la serre en nous offrant deux magnifiques raviers de fraises et de la viande fraîche pour Nitch… Quels gâtés nous sommes!


On nous avait prévenu que la générosité envers les voyageurs est accrue lorsque l’on voyage à vélo… et que celle-ci s’accentue encore plus quand on descend vers le Sud. Nous ne sommes « que » en Italie, donc toujours en Europe, mais le récit de notre rencontre avec ces quatre hommes en est la preuve. Et ce ne sont que des exemples parmi d’autres, on peut penser à la vendeuse de fruits du bord de route -modeste d’apparence- à qui l’on veut acheter deux mandarines et qui en donne quatre en disant que c’est gratuit. Ou ces autres gens qui, à un mauvais moment de la journée, nous ont proposé de dormir chez eux, à qui on a préféré dire non pour continuer notre avancée …

Merci à tout ces inconnus qui deviennent nos donneurs de sourire le temps d’un instant.

Annemich et Max pour la TRIPlette

PS: après toutes ces rencontres, notre stock de petite peintures-souvenirs était épuisé. J’ai profité d’une pause à l’hôtel-restaurant pour la Saint-Valentin pour en faire un nouveau stock…en voici deux 🙂

9 thoughts on “Histoire(s) de générosité”

  1. Ça fait du bien de vous lire😉👋drôlement plus réconfortant que les infos quotidiennes. Parcourir le pays et rencontrer les gens c’est doublement chouette ☺️😍
    Si toute la remontée est comme ça, alors là… Bisous auux trois rendonneurs.

  2. Quel plaisir de vous lire! Bien sûr que l’humanité est belle … et cela fait du bien d’en avoir de si beaux témoignages. Continuez ainsi, avec de belles rencontres, de belles visites, de belles aquarelles. nous en redemandons. Bisous,
    Ghislain

  3. Exploitation de la Gratitude sous toutes les coutures..

    Un livre..
    Des belles aquarelles..
    Un p’tit café..

    What else ? 🦋

    Bisousbisous
    TataTonton 🌴

  4. Que serait un voyage tel que le vôtre sans toutes ces belles rencontres ?! Il est bon de voir/lire que la générosité à l’état pure existe encore. Des fois, on viendrait à en douter… Je vous souhaite encore mille et une rencontres de ce genre, profitez-en 🙂

  5. Très belles histoires dont vous vous souviendrez !! Et j’adore les deux peintures. J’espère qu’on pourra en avoir une pour chez nous aussi à votre retour 🙂 gros bisous et poursuivez comme ça !

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